Sepulveda et la remontée des Pyrénées

Comment Eduardo a pris place, en trois étapes de montagne, dans le Top 20 du Tour 2015.

Eduardo Sepulveda, 24 ans, n’a pas connu la facilité jusqu’à la montagne de son premier Tour de France. Chahuté aux Pays-Bas, à la fois lors du contre la montre inaugural et de l’étape de Zélande, il n’a toutefois pas cédé à la panique, relevant la tête dès le mur de Huy et les pavés du Nord. À l’issue du contre la montre par équipes Vannes-Plumélec, il était toutefois loin du Top 20, à 12’25 » déjà de Chris Froome. Son excellent parcours pyrénéen a inversé la tendance. Détails.

Jour 1, 14 juillet, La Pierre-Saint-Martin, 38è le matin, 26è le soir

CYCLISME : Tour de France - Etape 10 - Tarbes / La Pierre-Saint-Martin - 14/07/2015

Il est 19è de l’étape, à 4’16 » de Froome. 38è à 12’25 » le matin au classement général, il remonte à la 26è place, à 16’51 ».

Une prise de contact rude avec la montagne dans un premier Tour de France, vu la démonstration de Chris Froome et de son équipe Sky. Très concentré sur son effort, Eduardo est allé au bout de lui-même, déjà.

Eduardo : «  C’est mon premier grand Tour, c’était mon premier contact avec la montagne et j’ai compris que je n’étais pas dans une course de classe 1 ! Je me suis accroché dans le sillage des meilleurs jusqu’à 6 kilomètres de l’arrivée, et j’ai explosé. J’ai fini comme j’ai pu mais le temps se perd vite. Je gagne neuf places au classement général, c’est bien, mais il y a encore des gars derrière moi qui vont me passer aussi. On aura une idée plus précise de ma marge de manoeuvre dans deux jours, à la sortie des Pyrénées. Je suis tout de même satisfait. « 

Emmanuel Hubert : «  Eduardo dans les vingt premiers (19è à 4’17 ») à La Pierre-Saint-Martin, c’est là qu’on l’attendait et il a répondu présent. Il s’est mis dans le rouge à vouloir suivre le plus loin possible le rythme des meilleurs et il l’a payé sur le haut du col du Soudet, où il y avait pourtant moins de pente. Mais c’est là, à ce niveau, qu’il va apprendre, pas en se ménageant. N’oublions pas qu’il s’agissait de son premier rendez-vous en montagne dans le Tour. « 

 Jour 2, 15 juillet, Cauterets, 24è

CYCLISME : Tour de France - Etape 11 - Pau / Cauterets - Vallee de Saint Savin  - 15/07/2015

Il termine 31è de l’étape, à 13’50 de Majka et à 8’29 » de Froome. Il est 24è au classement général, à 25’20 » de Froome.

Le plus pénible des trois jours pyrénéens d’Eduardo. Déjà, est éjecté du groupe Maillot Jaune loin du sommet, bien avant les pare-avalanches de La Mongie. Rythme trop soutenu. Il trouve le sien pourtant et limite l’hémorragie en basculant à 2 minutes de Froome au Tourmalet. Mais il effectue la descente trop seul et ne retrouve qu’un groupe de cinq (avec Bardet) pour la vallée jusqu’au pied de Cauterets, vent de face. Là, il perd beaucoup de temps.

Et, « détail » hallucinant, il se souvient le soir, sur la table de massage, entre les mains de Jean-François Revel, qu’il a ressenti un problème à son vélo en fin d’étape. Grégory Guédon, l’un de nos mécanos, l’a déjà constaté mais a cru à un incident une fois Edu descendu de vélo: un hauban arrière cassé. Eduardo se souvient avait été heurté par le vélo de l’Italien Bennati, tombé avant même le col d’Aspoin. Cela veut dire qu’il a descendu le Tourmalet, avec des pointes frôlant les 100 km/h, un hauban arrière cassé. Dingue.

Eduardo : «  Le rythme était beaucoup trop soutenu pour moi dans le Tourmalet. J’ai été distancé du groupe Maillot jaune à 9 kilomètres du sommet. Je me suis battu ensuite pour limiter l’écart jusqu’au sommet mais je l’ai payé dans la vallée, pour aller jusqu’au pied de Cauterets. Nous n’étions qu’un groupe de cinq (avec Bardet, Kudus, Anacona et Pantano), c’était difficile, je sentais bien qu’on perdait beaucoup de temps. 8 minutes sur les meilleurs, ça me semble lourd ce soir. « 

Emmanuel Hubert :  » Petit à petit, au fil des jours et des ascensions, Eduardo trouve sa place dans le Tour. Il découvre et apprend, il ne faut pas l’oublier. Et apprendre, c’est aussi se forger un caractère, parvenir à gagner des tranches de 30 secondes, une minute sur un grand col, quand tout devient difficile. Aujourd’hui, il bascule à 50 secondes de Barguil au sommet de Tourmalet. Ça ne parait pas grand chose mais Barguil rentre lui sur le groupe Maillot jaune, dont Eduardo termine à 8 minutes à Cauterets.  » 

 Jour 3, 16 juillet, plateau de Beille, 20è

Étape10 Edu5

Il termine 25è de l’étape et prend place à la 20è place du classement général, à 28’19 » de Froome, à qui il a concédé 2’59 » à l’arrivée.

Eduardo reste au chaud (très chaud) dans le peloton pendant qu’Anthony Delaplace et Frédéric Brun filent devant, dans l’échappée. La température commence à baisser dans le port de Lers, puis l’orage claque au pied u plateau de Beille, que les coureurs montent sous une pluie froide. Eduardo garde le contact avec les meilleurs jusqu’à six kilomètres du sommet, sous les coups de boutoir de Nibali, puis Contador. Gallopin et Barguil, présents dans le Top 10 du général, cèdent aussi et Eduardo parvient à rester avec eux jusqu’en haut, au prix d’un grand courage.

Eduardo : «  Pour la première fois peut-être, je suis satisfait de ma performance sur le Tour. J’entre dans le Top 20 et nous sommes à la sortie des Pyrénées. Il y a trois jours, j’étais 38è au général et cet objectif d’entrer dans les 20 me paraissait peu réalisable. Aujourd’hui, j’ai été ravi du changement de température. Je préfère le soleil à la pluie que nous avons eu en fin d’étape, mais pas la canicule comme hier qui m’a sans doute coûté beaucoup de temps après le Tourmalet. Je ressentais un peu de fatigue en début d’étape mais je me suis retrouvé sur le port de Lers. Et je ne me suis pas affolé quand j’ai été distancé du groupe Maillot jaune. Je savais qu’il fallait m’accrocher pour ne pas me retrouver seul, avec ce vent de face sur le haut de Beille. J’ai réussi. Nous ne sommes pas encore à Paris mais ce Top 20 est la première récompense de tout le travail que j’ai pu effectuer depuis que je suis pro, et surtout ces derniers mois où je me suis entrainé très durement en montagne. Merci à toute l’équipe aussi, les gars sont formidables pour m’abriter, me placer, m’encourager…« 

Emmanuel Hubert :  » Eduardo a bien compris la leçon de la veille au Tourmalet: dans le Tour, à certains moments, quand on joue aux côtés des meilleurs, il faut savoir se faire la peau pour s’accrocher car si on ne le fait pas, on peut perdre beaucoup. Je l’ai vu se battre avec une grande conviction pour rester dans le groupe Gallopin. C’était essentiel, le vent soufflait de face dans le final et ç’aurait été très dur seul. « 

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