Pourquoi BSE passe à l’attaque

L'offensive est l'une de nos marques de fabrique. Explications.

Les premiers jours de Paris-Nice ont été marqués par la présence offensive de l’équipe Bretagne-Séché Environnement. L’esprit retrouvé du Tour 2014. Trois de nos coureurs (Anthony Delaplace, Arnaud Gérard et Florian Vachon) ont cumulé 444 kilomètres d’échappée en trois étapes, avant la moyenne montagne. Et n’ont trouvé que deux compagnons de route, Thomas Voeckler et Philippe Gilbert !  Mais pourquoi BSE pratique un cyclisme dont le World Tour semble se moquer ? Nos trois coureurs en parlent. Emmanuel Hubert, manager général, et Roger Tréhin, directeur sportif, également. Tous ont le même objectif: provoquer la chance, pour gagner !

Photo James Startt / Zoom

Florian Vachon : « On attaque pour gagner ! Même si on reste lucides. Quand tu vois les équipes de sprinters ne pas te laisser prendre plus de trois minutes… J’en ai brièvement parlé avec Philippe Gilbert lorsque j’étais devant avec lui dans l’étape de Saint-Pourçain. On était d’accord, c’est triste de constater que peu d’équipes acceptent de prendre le risque de l’offensive. Si nous, Bretagne-Séché Environnement, ne sommes pas là, il se passe quoi ? Il va falloir faire quelque chose pour que ça change. »

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Emmanuel Hubert, manager général : « L’offensive, la générosité, c’est le cyclisme que j’aime. Nous faisons honneur à notre sport, il le faut. Les organisateurs nous félicitent, je sais que certains de nos adversaires se moquent un peu de nous, de notre attitude. Se rendent-ils compte que nous proposons trop souvent un spectacle ennuyeux ? Des personnages de la dimension de Thierry Marie ou de Jacky Durand, qui ont marqué leur époque, quel palmarès auraient-ils dans le cyclisme d’aujourd’hui ? On a fait le procès des oreillettes mais elles ne sont pas le problème. Aujourd’hui, 85% des courses arrivent au sprint. Les sprinters sont de meilleurs athlètes que par le passé, ils passent mieux les bosses et comme ils sont payés cher, beaucoup d’équipes s’organisent pour une course cadenassée. De nombreux coureurs voudraient attaquer, ils ont consigne de ne pas le faire. On doit réinventer. Pourquoi pas un système de bonifications toutes les 30 kilomètres, pour récompenser les attaquants et inciter à l’offensive ? Au Tour de Pologne, l’an dernier, le maillot de leader s’est gagné un jour comme ça, en cours d’étape. Il faut faire attention : le cyclisme façon World Tour creuse notre tombe. »

Pierrick Fédrigo : « Ce qui est incroyable, c’est la métamorphose de certaines équipes entre les courses World Tour et les autres épreuves qu’elles disputent à l’échelon inférieur. On sait qu’il y a de l’enjeu en World Tour, des leaders à protéger, des sprinters à amener pour conclure et marquer des points. Mais je vois des coureurs malheureux parce qu’ils ont ordre de ne pas attaquer. C’est un peu l’essence de notre sport qu’on met en cause, c’est dangereux. Moi, je ne me retrouve pas dans ces schémas bloqués. »

Arnaud Gérard : « Les équipes de sprinters sont bien organisées, mais formatées. On les voit opérer en tête de peloton. Quelques coureurs qu’on connaît ont un rôle précis : filtrer les échappées, les faire avorter et ainsi minimiser les risques. Ils laissent volontiers partir des groupes de deux à cinq mecs, qu’ils jugent non dangereux. Au-delà, ils réagissent tout de suite, un ou deux de leurs coureurs sautent dans le groupe et ne roulent pas, et ainsi tuent l’offensive dans l’oeuf. Je les comprends, mieux vaut boucher 100 mètres en moins d’une minute que d’avoir à rouler toute la journée… Mais c’est un curieux cyclisme, une attitude négative. On côtoie nombre de coureurs frustrés. C’est triste. »

Roger Tréhin (directeur sportif): « Nous n’attaquons pas pour nous montrer, mais pour multiplier nos chances d’obtenir un résultat. Que ce soit le jour même ou à moyen terme. Parce qu’il est toujours intéressant dès le début de la saison de se placer en situation d’analyser les failles potentielles des autres équipes. Ça servira un jour. Nous avons nous-aussi des sprinters, mais ils ne sont pas toujours dominants, il nous faut jouer sur d’autres tableaux. Et nous possédons un effectif global bon sur tous les terrains. Il n’y a pas beaucoup d’attentistes chez nous, nouveaux venus comme plus anciens, et toujours un volontaire pour lever la main au briefing à la question « Qui devant aujourd’hui ? » C’est le cyclisme que j’aime, celui que j’ai vécu coureur, au plus haut niveau amateur. Quand on est ni parmi les meilleurs sprinters ni les meilleurs grimpeurs, il faut se donner une chance par d’autres voies. Et puis quand on a un coureur devant, on en économise quatre derrière qui n’ont pas à rouler. Je sais que des coureurs qui portent d’autres maillots nous envient. »

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Anthony Delaplace : « Oui, il y a toujours de la frustration à cumuler les kilomètres d’échappée pour un résultat très aléatoire. Mais moi, à 25 ans, j’y trouve mon compte et j’ai le sentiment de progresser à travers chaque expérience du genre, à cumuler de la confiance et de l’expérience. Ça paiera un jour, j’en suis certain. »

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