« Mon Voeckler » par Anthony Delaplace

S'échapper dans Paris-Nice, et apprendre

Anthony Delaplace, 25 ans, est un attaquant impénitent. Il l’a encore prouvé le 9 mars en étant à l’initiative d’une échappée de 152 kilomètres lors de la première étape de Paris-Nice, entre Saint Rémy les Chevreuse et Contres. Une échappée un peu particulière puisque le Normand de Bretagne-Séché Environnement a emmené avec lui Thomas Voeckler, reconnu « maître à courir », jadis par le regretté Laurent Fignon déjà. Les deux hommes ont été rejoints à 1,5 kilomètre de l’arrivée. Anthony a beaucoup appris.

« JE LE REGARDAIS À LA TÉLÉ QUAND J’ÉTAIS CADET ».  » Thomas Voeckler, jusque-là, c’était pour moi l’un des plus beaux palmarès du peloton français, si ce n’est le plus beau. Il a dix ans de plus que moi. C’est comme Pierrick Fédrigo, je les regardais à la télé quand j’étais cadet ou junior, il y a forcément beaucoup de respect. Et puis je me trouve quelques points communs avec lui, côté tempérament. Voeckler ne lâche jamais rien, il tente jusqu’au bout. Fin 2014, il m’a impressionné: fracture de la clavicule en août au Tour du Limousin, et en octobre il est là dans Paris-Tours, au Tour de Vendée… À 35 ans, il pourrait lever le pied. Hé bien non ! Respect, oui. »

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« JE LE VOIS REVENIR, JE ME DIS: IL VA M’EMMENER LOIN ». « Je n’ai pas le souvenir d’échappée avec Thomas Voeckler en petit comité avant ce Paris-Nice. Nous étions ensemble devant dans les Pyrénées l’an dernier dans le Tour, mais dans un groupe de vingt-trois, ce n’est pas la même gestion. J’ai attaqué et je me suis tout de suite dit : il me faut vite quelqu’un. Dans l’oreillette, j’entends Arnaud (Gérard) crier « Voeckler va rentrer sur toi ! » J’étais content mais aussi inquiet à penser que le peloton allait se méfier de lui, on le connait… On a vite échangé trois mots, je me suis dit qu’il allait m’emmener loin. Et que je n’aurais pas de regret le soir. »

 » ON A DÉCIDÉ DE TOUT DONNER À LA PANCARTE DES 25 KILOMÈTRES ». « On n’a jamais vraiment roulé. Voeckler m’a tout de suite dit: on ne bourrine pas, on ne s’use pas, on maintient la vitesse entre 35 et 38, surtout on ne s’affole pas, on attend le final… Tant pis si on est repris à 50 bornes… J’étais d’accord. On a pris jusqu’à 6 minutes et on ne nous laissait pas plus, il avait raison. On avait convenu d’attendre les 30 derniers kilomètres pour un coup de poker. Quand on a vu l’écart descendre à 50 secondes, on a décidé de tout donner à partir de la pancarte des 25. Pour surprendre. J’y ai cru. Avec quelques circonstances favorables, et surtout sans ce maudit faux plat montant, vent de face, dans le final, ça pouvait… « 

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« UN JOUR, J’IRAI AU BOUT. » « Oui, j’ai appris en cette journée avec Thomas Voeckler. À mieux gérer une échappée. Je suis un coureur généreux, j’ai tendance à m’enflammer dans une échappée, du mal à me canaliser. Ça me servira, c’est certain. On apprend toujours, ça encourage à y croire. On se fait revoir dans les deux derniers kilomètres. Un jour, j’irai au bout. »

 » JE N’AI PAS VU UN JOURNALISTE. JE NE SUIS PAS VOECKLER » « Le peloton allait tellement vite quand il est revenu sur nos talons, je me suis « garé » fort sur la gauche pour ne pas gêner et du coup, on n’a eu le temps de rien se dire avec Thomas. Quand j’ai passé la ligne, j’ai vu qu’il était happé par une meute de journalistes. Moi, j’ai pu allé tranquille direct au bus, je n’en ai pas vu un. C’est normal, je ne suis pas Thomas Voeckler. » 

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