Le patron qui aime le vélo

Comment Ronan Le Moal, DG du Crédit Mutuel-Arkea, a rapproché la banque en ligne Fortuneo du peloton.

Ronan Le Moal a la tonicité et la silhouette du grimpeur. Et il mène sa carrière professionnelle à la manière d’un sprinter. À 43 ans, pour rester dans la terminologie cycliste, le directeur général du Crédit Mutuel-Arkea possède déjà un sacré palmarès. Au sortir d’HEC au milieu des années 90, il rejoint l’institution bancaire bretonne. Il va y connaître un parcours d’exception, appréhendant tous les métiers de l’entreprise : contrôle de gestion, assurance, courtier, direction de filiales, direction générale… « Des années d’aventures entrepreneuriales, avec des vrais gens », dit-il avec gourmandise. À 33 ans, il pilote le rachat de Fortuneo, courtier en ligne, et a l’intuition de ce que va devenir le numérique, de ce que sera la banque en ligne. L’an dernier, c’est lui qui œuvre avec le management de Fortuneo afin d’associer l’image de la marque à celle de l’équipe Bretagne-Séché Environnement.

« La marque Fortuneo avait besoin de chaleur, d’être incarnée. »

DG du Crédit Mutuel-Arkea depuis 2008, Ronan Le Moal a accéléré la diversification du groupe en étant aussi l’un des premiers managers du secteur à prendre la vague du numérique. En parallèle, il est devenu le parrain de la Web West Valley, structure d’investissement destinée aux startups bretonnes. Ce n’est pas forcément à côtoyer cet univers que l’on croise des passionnés de vélo. C’est plus simple : le boss lui-même est un fan et un pratiquant de cyclisme pur et dur. « Et j’ai eu la chance de croiser Emmanuel Hubert, le manager général de l’équipe BSE. Son projet de développement m’a séduit, raconte Ronan. Avec 310.000 clients et 75% de notoriété assistée, la marque Fortueno avait besoin de chaleur, d’être incarnée… Nous possédons de nombreux points communs avec l’équipe BSE. Nous aussi sommes une famille qui a l’envie de se battre pour grandir, on ne se prend pas pour ce qu’on n’est pas. C’était une belle opportunité. » Saisie juste avant le Tour de France 2014. Depuis, Fortuneo a pris un peu plus de place auprès de l’équipe cycliste.

La passion du cyclisme… Chez Ronan Le Moal, elle remonte à l’adolescence. « À 14 ans, j’abandonne le foot, je veux faire du vélo comme mon grand-père, c’est lui qui m’a donné le virus. Mon père était très foot, il a ressenti comme une trahison. » Le collégien brestois court sur les pistes de Plouzané et de Guipavas, sur les routes autour de la rade, galvanisé par la trace qu’a laissé en lui Bernard Hinault, son idole. Même s’il pause dans son bureau devant la fameuse photo du duel Anquetil-Poulidor, en 1964, sur les pentes du Puy-de-Dôme. « J’étais un bon junior régional. Mais mon père m’a ouvert les yeux : il y avait une différence de classe avec ceux qui dominaient. En septembre 1992, je dispute ma dernière compétition sur la piste de Plouzané. J’entre en Prépa. Et puis je rejoins HEC, près de Paris. Le vélo était loin… »

« Le cyclisme ressemble à la vie, surtout à la vie de l’entreprise. »

On ne guérit jamais de ce virus. Il rattrape Ronan Le Moal il y a six ans. Un ami, Pascal Kerjean, le convainc de s’y remettre. « J’ai perdu vingt kilos depuis. Et c’est un besoin maintenant. Je roule le samedi et le dimanche du côté de Brest, et je pédale une fois par semaine en salle à Paris. Si je ne le fais pas, je ne me sens pas bien. Ma famille comprend… Le vélo est aussi une soupape par rapport au boulot, il m’a parfois permis de trouver des solutions. Et puis c’est un partage, une école d’humilité, on trouve toujours plus fort que soi sur la route. Pratiquer le vélo, c’est entretenir une hygiène de vie qui va au-delà de l’aspect physique. »

Cette passion d’un patron ne peut expliquer pourtant qu’une entreprise investisse en termes d’image. « Nous nous étions déjà posé la question du sponsoring en 2010. Nous avions évoqué les trois premiers sports qui nous viennent à l’esprit en Bretagne : le foot, la voile, le cyclisme. C’était trop tôt. » Au fil des mois, dans ses sorties finistériennes du week-end, Ronan Le Moal a forgé sa conviction : le cyclisme était idéal. « Le vélo, c’est un ensemble de valeurs connues et méconnues, explique-t-il. Le courage, l’abnégation, le travail en équipe. Travailler longtemps aussi pour ne connaître les joies de la victoire que de temps en temps… Ça ressemble à la vie, et surtout à la vie de l’entreprise. Les résultats à force de travail, j’ai toujours aimé cette notion. Dans le vélo, c’est impératif. »

Ce n’est pas tout. En termes de management, Ronan Le Moal reconnaît qu’il utilise aussi des ressorts découverts à vélo. « Un jour, à 18 ans, j’ai abandonné un championnat du Finistère parce qu’il y avait de l’orage. J’avais craqué dans ma tête, je m’étais retrouvé seul. Les autres n’étaient pas plus forts, ils ont simplement continué. Ce qu’il m’aurait fallu à ce moment-là c’était juste un mot d’encouragement. Souvent, dans le boulot, dans le cours d’un projet, un encouragement suffit aussi pour relancer la machine et déboucher sur le succès. » Les coureurs de BSE ne pédaleront plus jamais seuls.

 

 

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