Kevin Ledanois « Quand Cavendish tweete pour te féliciter… »

Le champion du monde Espoirs nous livre ses émotions au lendemain de sa victoire de Richmond. Et aussi ses ambitions.

Photos Panoramic.

Tu avais dit sitôt ta descente du podium de Richmond : « Je vais dormir avec le maillot cette nuit ! » Tu l’as fait ?

Non. Tout simplement parce que je n’ai quasiment pas dormi. Par contre je suis allé au resto et dans un bar-boîte avec les copains de l’équipe de France jusqu’à 3 heures du matin avec. Une fois rentré, je n’ai pas vraiment trouvé le sommeil. J’ai dû regarder la vidéo des derniers kilomètres au moins quarante fois !

Quand on regarde cette vidéo, on ne peut pas s’empêcher d’avoir peur pour toi dans les deux-cents derniers mètres…

C’est aussi ce que j’ai ressenti sur le vélo. Aux 200 mètres, je me retourne une dernière fois et je vois que l’Italien (Simone Consonni) a lancé son sprint, qu’il revient fort, qu’il a pris le dessus sur Anthony (Turgis). Et j’étais à fond, je ne pouvais pas donner plus, même si je me suis surpris par mon allure un peu « facile » sur la vidéo… Franchement, il n’y a que sur la ligne d’arrivée que je me rends compte que j’ai gagné. Et maintenant encore, le lendemain, je n’ai pas encore réalisé.

CYCLISME : Championnat Du Monde Espoirs U23 Hommes - Richmond - 25/09/2015

Tu rêvais de ce maillot ? Quels sont tes premiers souvenirs arc-en-ciel ?

Je ne rêvais du maillot que depuis un an, depuis la course de Ponferrada que j’avais loupé en sortant trop tôt, avant le dernier tour. Je n’y pensais jamais avant. Je me souviens par exemple un peu de Paolo Bettini champion du monde (en 2006 et 2007), j’avais 13, 14 ans, je commençais à penser au vélo. Mais pas plus. Le maillot qui m’a toujours fait fantasmer, c’est le Jaune du Tour de France.

Le championnat du monde Espoirs 2014 était donc resté une cicatrice ?

J’y ai pensé tous les jours depuis ! Et dans ce dernier mois, depuis que je savais que j’étais retenu en équipe de France, c’était devenu une obsession. Prendre ma revanche. Je ne voulais pas traîner des regrets plus longtemps. J’ai dit dans la semaine précédant Richmond que finir deuxième ou troisième serait une déception mais c’était vrai.

Ton père Yvon, manager de l’équipe BMC et coureur pro dans les années 90, que t’a-t-il dit ?

Il n’était pas aux Etats-Unis, je ne l’ai eu que brièvement au téléphone juste après l’arrivée. Il était content, bien entendu. Je crois que ç’a été un soulagement pour lui-aussi, vis à vis de la course de l’an dernier. C’est d’abord mon père mais aussi mon entraîneur et mon coach mental, il savait à quel point j’étais touché par le championnat 2014. Bien entendu, je serai passé à autre chose si je n’avais pas gagné à Richmond. Mais peut-être en serait-il resté une trace ?

CYCLISME : Championnat Du Monde Espoirs U23 Hommes - Richmond - 25/09/2015

Tu ne pourras pas porter ce maillot de champion du monde Espoirs car tu ne cours plus dans la catégorie. Tu vas en faire quoi ?

L’encadrer et le mettre en évidence chez moi, bien sûr! J’aimerais qu’on trouve le moyen d’un petit signe distinctif, on en a déjà parlé avec Emmanuel Hubert (le manager de Bretagne-Séché Environnement), mais je crois que l’UCI est inflexible. Raphaël Jeune (boss du sponsoring chez Look Cycle) m’a promis un vélo arc-en-ciel, mais je ne pourrai en profiter qu’à l’entraînement…

Te rends-tu compte de l’impact de ta victoire ?

Pas encore. Je vois bien les tonnes de messages, de tweets, de posts Facebook que j’ai reçu… Mais c’est encore abstrait. Je crois que je me rendrai vraiment compte quand je serai à la maison, tranquille, lundi (28 septembre). Mais bon, quand un coureur comme Mark Cavendish balance un tweet pour te féliciter et dire qu’il s’est régalé devant ta course, tu te dis « Whaoo ! »

Cette victoire change quoi pour toi ?

C’est encore trop tôt pour le dire. Je me doute qu’elle est précieuse pour l’équipe de France, pour mon équipe Bretagne-Séché Environnement et pour nos partenaires 2016, Fortuneo et Vital Concept. Emmanuel Hubert leur apporte un titre de champion du monde, tout de même. Il y a dix jours, il annonce l’arrivée d’un coureur de Tinkoff-Saxo, Chris-Anker Sorensen, tout ça est le signe que l’équipe monte en gamme, j’y participe, c’est une grande satisfaction. Moi, j’ai dû surprendre en n’ayant pas peur d’annoncer que j’étais là pour gagner, et de le faire, à 22 ans. Je ne me serai pas forcément cru capable de faire ça avant.

Tu t’estimes plutôt coureur par étapes. Mais quand on gagne un championnat du monde de cette manière, cela ne donne pas des envies de courses d’un jour ?

Oui et non. Je reste sur ce à quoi je crois depuis quelques années. Je pense d’abord pouvoir devenir un bon coureur à étapes. J’ai pu constater combien ma récupération était bonne quand j’étais en condition, comment j‘étais toujours efficace après trois, quatre jours de course, quand ça devient dur pour les autres. Je suis aussi puncheur, c’est vrai. Et si j’ai l’occasion de briller sur de belles classiques d’un jour, je ne dirai pas non.

CYCLISME : Championnat Du Monde Espoirs U23 Hommes - Richmond - 25/09/2015

Tu as côtoyé le niveau World Tour cette année. Combien de temps te faudra-t-il pour y faire ta place ?

J’ai d’abord pris une énorme claque au Tour de Catalogne, en mars, où je me suis rendu compte que je ne m’étais pas préparé comme il le fallait. Je ne pouvais m’en prendre qu’à moi. La marche est haute, mais je ne vois pas pourquoi je ne pourrai pas la franchir assez vite. Si j’attaque 2016 avec la condition qui était le mienne à Richmond par exemple, je peux être vite opérationnel. À moi de faire ce qu’il faut cet hiver, de ne pas me reposer sur ce titre de champion du monde. Certains de mes prédécesseurs au palmarès du Mondial Espoirs ont grimpé vite dans la hiérarchie, pourquoi pas moi ?

Tu rêves de quoi pour ta fin de saison ?

J’ai la chance de courir tout de suite (le 4 octobre) le Tour de Vendée. Ensuite, ce sera l’Italie ou Paris-Tours pour terminer 2015.

La première chose dont tu vas avoir envie en France ?

Me poser chez moi afin de savourer. Il va bien falloir que je commence à réaliser. Et là, je crois que ça va être très, très bon…

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