Florian Vachon raconte son Mondial

Au jour le jour, la semaine arc-en-ciel de Richmond vécue par notre sélectionné en équipe de France.

Florian Vachon, 30 ans, disputera le 28 septembre la course en ligne des championnats du monde de Richmond (États-Unis). Au fil des jours, il nous raconte son aventure en équipe de France.

 

Mardi 22 : « Ce maillot sur le dos, au bout d’une heure,

on se sent au sein d’un groupe très soudé »

 » Nous sommes arrivés tard à Richmond. Vers 21 heures à l’horaire local, mais l’équivalent de 3 heures du matin en France… Longue journée de voyage, toujours un peu pénible pour nous qui avons le souci d’être au top une telle semaine. Roissy, le vol jusqu’à Washington, deux heures de bus pour atteindre Richmond… La bonne surprise est que l’hôtel de l’équipe de France est très proche du circuit, et même de la ligne d’arrivée. Le circuit n’était pas fermé mais à l’occasion de notre première sortie, ce mardi, on a pu reconnaître les deux bosses pavées qu’on devra franchir à chaque tour. Elles ne sont pas super longues mais au fil des kilomètres, elles vont peser, c’est certain. Ça promet en tout cas une course spectaculaire. Pour l’instant il fait beau, environ 25 degrés l’après-midi, mais la météo annonce de la pluie dimanche… C’est une vraie fierté de partir rouler avec ce maillot de l’équipe de France. Il y avait longtemps que je ne l’avais plus porté, depuis les Espoirs. C’est drôle, on est tous habituellement adversaires, mais partir rouler ensemble ce maillot sur le dos, au bout d’une heure, nous fait nous sentir dans un groupe très soudé.  »

médaille

 

Mercredi 23 : « La chair de poule

au pied du podium de Jérome Coppel »

« Bonne surprise au lever, je me suis plutôt bien et vite acclimaté au décalage horaire, c’est un souci de moins. Ça annonçait une belle journée, avec le soleil encore, mais le meilleur nous attendait l’après-midi. Jérome Coppel médaillé de bronze de l’épreuve contre la montre ! Quel grand chrono Jérome est allé chercher. Je le sentais confiant, j’ai la chance de partager sa chambre ici à Richmond mais là, quelle performance ! En équipe de France ici, c’est lui que je connais le mieux. Je n’ai qu’un an de plus que lui et on s’est souvent côtoyés dans les sélections de jeunes. Dans mon département de l’Allier, je partage aussi de temps en temps des bouts de sortie d’entraînement avec Julian Alaphilippe, mon voisin, mais on n’a pas le même programme, les mêmes objectifs, ça arrive donc rarement. Je connais bien Julien Simon aussi. On a tous ensemble d’abord regardé le chrono à la télé à l’hôtel Omni, et puis quand on a senti le podium possible pour Jérome, on ne tenait plus en place, et comme notre hôtel est proche de la ligne d’arrivée, nous y sommes allés. Je ne regrette pas : voir un ami monter sur le podium d’un championnat du monde, ça file la chair de poule. »

Vachon2

Jeudi 24 :  » La course sera très influencée par le vent « 

 » J-3. Le dernier jour sans compétition à Richmond, mais on sent la pression monter, de tous côtés. C’était une journée un peu longue. Consacrée déjà à une grosse sortie d’entraînement, à la carte. Pour ma part, j’ai effectué cinq heures, dont une heure quinze derrière scooter. Nous avons enfin pu découvrir le circuit dans son intégralité, sur quatre tours. Seize kilomètres au tour, c’est court et les bosses vont revenir souvent. La première (Libby Park), une petite route habituellement fermée au pubic, me parait être celle qui va faire le plus mal. le pied n’est pas facile, pentu, ensuite on arrive sur des pavés qui « tapent » bien. C’est sinueux, avec des lacets, ça va étirer le peloton… La deuxième (23è Rue), est plus droite mais très raide aussi, et on vire à angle droit au pied. Et la dernière, en bitume, n’est pas facile non plus. on sera dans le dernier kilomètre, ça s’annonce tendu. La course sera très influencée par le vent. Il y en avait pas mal aujourd’hui, reste à savoir ce que ça donnera dimanche. Je me sens prêt pour mon premier championnat du monde. J’attends le briefing de Bernard Bourreau, demain ou samedi, pour connaître mon rôle exact, selon la stratégie retenue. Je sais que je serai un équipier, mais dans quel registre ?..  »

Vendredi 25 :  » J’ai vu Kevin gagner à l’écran, au massage.

J’ai stressé jusqu’à la ligne ! « 

 » Quelle grande journée avec la victoire de Kevin Ledanois, mon coéquipier de Bretagne-Séché Environnement, dans la course Espoirs. Champion du monde ! Le « petit » Kevin, que j’ai vu arriver l’hiver dernier, très respectueux, mais nous donnant dès les premières semaines le sentiment qu’il allait bien s’adapter chez les pros. Et là, champion du monde, ce qu’il voulait, c’est fort.

J’étais sur la table de massage à ce moment-là. On regardait à la télé. Et d’un seul coup, à 3 kilomètres de l’arrivée, quand Kevin et Anthony Turgis sont sortis en haut de la première bosse pavée, ma séance s’est interrompue. Ce final était super prenant et je suis resté stressé jusqu’au moment où Kevin a franchi la ligne. Lui-même avait l’air de ne pas en revenir ! Comme s’il avait senti le souffle de l’Italien qui revenait derrière lui. Nous, avec la perspective de la caméra, on s’est demandé jusqu’au bout s’il n’allait pas se faire « sauter » sur la ligne.

Je suis fier de lui. L’an prochain, même s’il ne pourra porter son maillot, nous aurons un champion du monde juniors dans l’équipe et cela concourt à la rendre plus attractive, plus consistante. Ce titre, après la médaille de Jérome Coppel contre la montre mercredi, nous place dans une belle dynamique. Ça motive, forcément. On a un groupe, chez les pros, capable d’aller chercher un grand résultat. À nous de faire une belle course dimanche…  »

Samedi 26 :  » Bernard Bourreau me l’a demandé,

je serai un équipier modèle « 

 » Après la grosse séance de jeudi, je n’avais plus besoin de grosses charges d’entraînement les deux jours précédant le championnat, tout était fait. Vendredi, je me suis contenté de quelques efforts de deux, trois minutes. Et ce samedi, j’avais prévu ma rituelle séance de « déblocage » comme à la veille de chaque gros objectif. La pluie est arrivée à Richmond, le temps prévu dimanche, je suis resté au sec et j’ai bossé sur home-trainer. J’ai aimé cette semaine en équipe de France, on se rend compte qu’un championnat du monde est un contexte à part, qu’il faut vivre. Reste à être performant dimanche.

Ce samedi, le breafing de Bernard Bourreau m’a confirmé mon rôle d’équipier modèle, au service total de l’équipe en fonction de la configuration. Il a précisé que j’assurerai l’assistance générale, que les infos passeraient par moi. C’est un peu mon rôle aussi chez BSE, ça me va bien. Je me sens prêt. J’attends le Jour J avec une grande impatience désormais.  »

Flo

Dimanche 27 :  » J’aurais aimé terminer…

Mais je crois que j’ai fait le travail qu’on m’a demandé »

 » Je me suis arrêté juste après la cloche, derrière la ligne, à un tour de l’arrive. J’ai laissé mes dernières forces à replacer une fois encore Tony Gallopin avant l’enchaînement des trois bosses. J’aurais aimé terminer mon premier championnat du monde… Mais je crois que j’ai fait jusqu’au bout le travail qu’on m’a demandé. Le tour d’avant, j’ai failli décrocher dans l’enchaînement des petits monts, mais je me suis accroché, je sentais que je pouvais servir encore un peu.

La première moitié de la course, j’ai été attentif à Julian Alaphilippe. Mais il souffrait d’ennuis gastriques, il a dû renoncer à la mi-course. Je me suis reporté sur Tony Gallopin. Il a été parfait, pas si loin du podium (7e) mais il avait trop de sprinters autour de lui pour aller chercher une médaille. Je pense que l’équipe de France a couru juste. On n’a pas à rougir de notre journée. Mais c’est quelque chose, un championnat du monde, la montée en intensité au fil des tours est impressionnante… »

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