Florian Vachon: « Le meilleur reste à créer »

À 30 ans, Florian se veut plus que jamais l'un des hommes de base de Bretagne-Séché Environnement.

Photos Elen Rius et Photonews / Panoramic

Le 26 juillet dernier, il a passé près d’une heure en tête du Tour de France, échappé sur les Champs-Élysées. Un signe de la part de Florian Vachon: sans doute voulait-il tourner vite la page d’un Tour qui ne lui a pas apporté tout ce qu’il voulait ? Il a préféré se projeter: vers la fin de saison (il a déjà été très incisif au Tour de l’Ain) et la suivante déjà, où il souhaite apporter sa pierre à l’évolution de l’équipe.

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Tu es passé deux fois très près de la victoire, en vingt-quatre heures, lors du Tour de l’Ain. As-tu ressenti la même frustration ?

Pas vraiment. Le dernier jour, je reviens de justesse sur la tête alors que j’avais été mal dans le dernier col, c’était un peu inespéré. Le troisième jour en revanche, l’avant-dernier, tout me semblait réuni pour conclure : mes sensations, le fait d’avoir pris l’échappée, l’opposition… Quand je regardais les gars un par un dans le final, pas un ne m’impressionnait, même pas Alexandre Geniez. Au moment où le sprint se lance, je me rappelle bien, j’y crois à fond. Mais j’avais perdu mon sang-froid juste avant, en allant rechercher Pierre Latour à deux reprises. D’habitude, je laisse faire. Pas là…

C’est la pression, le fait de ne pas avoir gagné depuis plus d’un an (Boucles Sud Ardèche 2014) qui te fait commentre ces petites erreurs ?

Une pression globale, sans doute un peu, oui. Si j’avais déjà gagné plus tôt dans la saison, j’aurais pu me permettre d’être plus « joueur ». Ça n’a pas été le cas. Et puis il y a aussi l’enjeu collectif. Quand on arrive au Tour de l’Ain, l’équipe n’a plus gagné depuis un moment (avril), on est attendus. J’aime bien la devise de Manu Hubert, notre manager général : « Il faut savoir perdre pour gagner. » Elle résume tout le jeu qu’il faut savoir mettre en place quand on arrive pour la gagne dans un petit groupe. Ce jour-là, je n’ai pas su.

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Tu as 30 ans, as disputé et terminé les deux derniers Tours de France, tes deux premiers. Ça change un coureur ?

Physiquement oui, tu gagnes en volume. Psychologiquement aussi. Tu apprends à dépasser tes limites pendant trois semaines, ça change ta vision de l’effort. Ensuite, quand tu te retrouves dans le peloton au plus haut niveau, tu regardes les autres autrement. Tu te dis : « Voilà, je suis comme eux, j’ai fait le Tour ! » Derrière, tu joues le truc à fond, sans complexe. Mais à la fois, est-ce le Tour ou les années qui m’ont amené ça, je ne sais pas ? Cette année par exemple, je ne me suis jamais retrouvé en position d’être acteur sur le Tour. Je fais « 10 » à Valence mais au terme d’un sprint massif, ce n’est pas significatif à mes yeux. Alors, ai-je progressé grâce au Tour ?..

Mais tu t’es illustré lors des deux dernières étapes du Tour de l’Ain, d’ordinaire réservé à des coureurs qui grimpent mieux que toi ?

Il faut se replacer dans le contexte de la fin de ce Tour 2015. J’en sors un peu frustré, je me tourne vraiment vers la fin de saison, j’en ai très envie. Je fais le métier à fond derrière, donc je suis là… Et puis je peux suivre dans les bosses, je l’ai déjà montré. J’ai par exemple bien passé les Alpes dans le Tour, et même effectué une belle étape, celle qui arrivait à Saint-Jean de Maurienne où je suis au bord du Top 30.

Le meilleur est toujours à venir ?

Le coureur qui pense que le meilleur est derrière lui n’a plus grand chose à faire dans un peloton… Je pense ni qu’il soit devant, ni derrière. Le meilleur reste à créer, ce n’est pas tout à fait la même chose. Je ne veux pas sous-estimer ce que j’ai déjà fait, j’en suis déjà heureux mais à moi de rester motivé pour construire la suite de l’histoire. Tout n’est que question de psychologie, d’envie. Et l’envie, je l’ai !

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Comment regardes-tu l’évolution de l’équipe ?

On se professionnalise, ça se sent dans l’encadrement technique : les hommes, le matériel… Et sur la route, ça nous met un petit coup de pression supplémentaire. Désormais, quand arrive en course un coup de Trafalgar, on réfléchit, on réagit, parfois on se met à rouler, même dans un contexte assez relevé. On met des stratégies en place, la victoire pour objectif. Avant, on était là pour faire le mieux possible mais sans cette ambition structurée. Cette année, nous prenons le départ de courses comme Dunkerque, le Tour de l’Ain, le Tour du Limousin pour gagner, ce n’est pas rien. Quand tu vois à tes côtés Pierrick Fédrigo, Jonathan Hivert aussi, ce sont des signes… Il n’y a que dans les World Tour où nous sommes encore un peu spectateurs. En avril dernier, nous avons pris le départ de notre première Flèche Wallonne, nous avons observé. Mais si l’équipe progresse toujours sur le même rythme, nous serons vite acteurs au plus haut niveau.

Comment vis-tu l’arrivée prochaine de Steven Tronet, on sait que vous êtes très proches ?

Steven est un ami mais il ne faut pas tout mélanger. Je suis heureux de le voir arriver à nos côtés mais dans le boulot, il y aura sans doute des jours où nous ne serons pas d’accord. Je sais qu’il va bien s’intégrer. Il est champion de France, on ne lui volera jamais cette distinction mais il n’est pas du genre à se laisser aller, à vivre sur cet acquis. Il vient chez nous pour encore progresser, il sera performant. Oui, Steven va faire de jolies choses à nos côtés.

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