En Maurienne, cinq jours aux sommets

Partagez au jour le jour la reconnaissance des cols des Alpes par les coureurs BSE.

À J-43 du départ du Tour de France, dix coureurs de l’équipe Bretagne-Séché Environnement ont débuté le 22 mai un stage de cinq jours dans les Alpes. Basés à l’hôtel de l’Europe de Saint-Jean de Maurienne, dont l’Office de tourisme est partenaire de BSE, ils ont prévu de reconnaître les cols alpestres du Tour 2015, selon un programme concocté par Franck Renimel, l’entraîneur de l’équipe. Jour par jour, vivez leur expérience à travers le débriefing quotidien de Franck et celui d’un coureur.

Les dix coureurs en stage: Pierrick Fédrigo, Eduardo Sepulveda, Brice Feillu, Anthony Delaplace, Arnaud Gérard, Armindo Fonseca, Florian Guillou, Florian Vachon, Pierre-Luc Périchon, Frédéric Brun.

Photos Pierre Dompnier.

JOUR 1, VENDREDI 22 MAI

Ce qu’avait prévu Franck Renimel : « Je ne suis pas partisan de séances interminables sans objectif précis, au risque que les coureurs rentrent inconsciemment dans une zone de « confort »,  régulièrement sur les mêmes cadences de pédalage et d’intensités d’effort. En montagne comme ailleurs, il est préférable de dynamiser l’entraînement afin de refléter au mieux les contraintes énergétiques, mécaniques, psychologiques rencontrés en compétition. Jean-Jacques Menuet, notre médecin, donnera aussi quelques conseils nutritionnels spécifiques, au fil des jours, au vu des charges de travail conséquentes que nous allons affronter. Ce jour 1, il s’agit toutefois de s’adapter au coup de pédale en montagne. Pas de consigne particulière. Séance de cinq heures si possible, mais de mise en route ! »

Ce qui s’est réellement passé: « En montagne, juste avant l’été, on est toujours confrontés à la réalité du terrain, pas seulement aux conditions météo. Les lacets de Montvernier étaient fermés ce vendredi pour cause de travaux d’aménagement en prévision du Tour. Pas grave, ce n’est qu’une montée de 4 kilomètres à peine, on y reviendra au cours du week-end. On a aussi été obligés d’attendre que des camions d’enrobé nous laisse passer… On a juste fait un peu plus de plaine que prévu. Quatre heures trente et 125 kilomètres tout de même avec le col du Mollard (1620 mètres, montée de 17 kilomètres à 6% de moyenne) et le col de Beau Plan (1600 mètres, 12 kilomètres à 7%). Une mise en route assez douce donc. Mais demain, six heures sont prévues avec deux fois le Glandon, plus L’alpe d’Huez… »

Le débriefing d’Arnaud Gérard : « C’était mes premiers coups de pédale en montagne depuis Paris-Nice. Mais avec l’ascension du Mollard, on est quand même montés à plus de 1500 mètres, pendant 25-30 minutes. Il n’y avait pas d’exercice spécifique au programme, il s’agissait d’un travail foncier, sur un bon rythme mais rien d’équivalent à ce qu’on rencontre en compétition. Il me suis évertuer à tourner les jambes. La montagne, c’est un coup de pédale différent, les muscles le sentent. On a mal au bas du dos, aux genoux souvent aussi, c’est à ces petites douleurs du soir qu’on reconnaît le terrain où on est. Je me suis donc concentré sur la cadence de pédalage. Entre 80 et 90 tours-minutes, c’est idéal pour moi. Mais parfois, à 90, je monte dans les pulsations, jusqu’à 180 et là, ça devient difficile. On met alors plus de braquet pour laisser redescendre le cœur, on ne met en danseuse pour soulager les muscles des jambes… On relâche un peu, les « puls » retombent… Ce premier soir, je ressens déjà une fatigue différente. Sur les quatre heures-trente de cette première séance, j’ai passé plus d’une heure dans des seuils hauts de pulsations. Ça ne m’arrive jamais sur les routes de Bretagne. Mon corps me dit qu’il a bien senti un changement. »

 

montvernier

 Jour 2, SAMEDI 23 MAI

Ce qu’avait prévu Franck Renimel:  » Une séance d’environ six heures, avec une simulation des efforts consentis sur une échappée en montagne. Monter l’alpe d’Huez dans la zone critique sur 40 minutes avec plusieurs changements de rythme de type Fartlek, montée ~5watts/kg. Puis finir par un col avec deuxième partie au seuil sur 15 à 20minutes, à 5,5watts/kg. »

Ce qui s’est réellement passé : « La journée a été conforme au programme. Les coureurs ont commencé par le col du Glandon face nord à leur main. Puis ils ont gravi l’alpe d’Huez comme convenu, à allure « échappée ». On a tenté de reproduire les intensités que Brice Feillu avait connu dans une échappée avec Thomas Voeckler dans les Pyrénées, lors du Tour 2012. Les gars ont monté entre 40 et 45 minutes, c’est très satisfaisant. Je leur ai également demandé une accélération de 30 secondes tous les trois lacets, afin de simuler au plus près ce qui peut se passer en course. Nous sommes ensuite rentrés par Villard Reculas et une nouvelle montée du Glandon, côté barrage du Verney. Là, il s’agissait de produire un effort « course » pendant vingt minutes, sur la deuxième moitié du col, jusqu’au replat avant la Croix-de-Fer. Sur les capteurs, j’ai relevé que tout le monde avait bien bossé. Superbe journée de 6h10 exactement en montagne ! »

alpe6

Le débriefing d’Anthony Delaplace:  » Une sacrée journée, avec le sentiment d’avoir vraiment bien travaillé. C’est drôle mais six heures de vélo en haute-montagne, surtout en groupe, ça passe bien plus vite qu’en Normandie… On est tellement « occupés » dans les ascensions, dans les descentes aussi… Trois bons cols, 4500 mètres de dénivelé positif, 3h30 d’ascension si on met bout à bout ce n’est pas rien. Dans l’alpe d’Huez, j’étais comme convenu avec Franck à la limite du seuil, 320-330 watts et de mes zones de puissance. Je me sentais assez bien, même dans si l’exercice était difficile, avec les accélérations demandées. Dans l’enchaînement Glandon-Croix de Fer du retour, je n’étais pas mal non plus. Sur les vingt minutes de simulation de course, j’ai dégagé une puissance moyenne de 370 watts, c’est très satisfaisant. En fait, depuis le GP de la Somme début mai, j’avais enchaîné six jours sans vélo et une reprise rien qu’en endurance, sur une dizaine de jours. Je m’aperçois qu’il faut vraiment monter des cols à l’entraînement. Là, au terme du deuxième jour de stage, on s’aperçoit déjà que notre coup de pédale est plus souple, plus fluide, comme il faut en montagne. »

alpe4

 JOUR 3, DIMANCHE 24 MAI

Ce qu’avait prévu Franck Renimel:  » 4h30 à 5 heures, dont un col en AA de type 30-30 afin de maximiser les contraintes musculaires et énergétiques en variant l’allure, et donc l’intensité et la cadence de pédalage. Accélérations multiples sur le modèle Contador. »

Ce qui s’est réellement passé: «  Nous avons effectué la séance comme convenu, sur les pentes du col du Mollard (1630 mètres, 11 derniers kilomètres à 7% de moyenne), escaladé à deux reprises. Le deux fois 30 est un exercice qui sollicite les changements de rythme dans les hautes intensités. Donc tonique et dynamique, en opposition à la longue sortie de la veille. Chaque coureur, comme il l’entend car tous ne grimpent pas à la même allure, doit pendant dix minutes alterner 30 secondes au-delà du seuil, à 110% de sa PMA, avec 30 secondes à 70%. Donc à dix reprises. Et deux fois dans la séance.  »

Le débriefing de Florian Vachon:  » J’ai bien senti que la séance était plus « lactique » que la veille ! Le deux fois 30 est un « exo » très physique, surtout dans un col, même si le Mollard présente des pentes raisonnables. C’est court mais tonique, ça toxine pas mal dans les jambes. J’étais bien « sec » en rentrant, mais heureux du travail accompli. Franchement, on bosse très bien ces jours-ci. Mais la fatigue commence à s’installer… »

mollard

JOUR 4, LUNDI 25 MAI

Ce qu’avait prévu Franck Renimel: «  Une sortie de 6 heures et demi, incluant un travail du contre la montre par équipes lors de deux passages en plaine. Donc une double contrainte,  à des efforts soutenus en cols s’ajoutant des allures de « soutenues » à « critiques » en plaine. L’idée du jour st un peu « d’assommer » les organismes, avec 5000 mètres de dénivelé positif et une recherche de volume. « 

Ce qui s’est réellement passé:  » Franchement, les coureurs ont accompli un très bon travail. Après les lacets de Montvernier et le petit col de Châtel, ils ont pu bosser le contre la montre par équipes sur deux portions aller-retour de 7 kilomètres en vallée. L’intensité était là, les garçons se sont livrés, mais il nous reste pas mal de réglages à mettre au point sur cet exercice… Ensuite, ils ont remonté Glandon et haut de Croix-de-Fer par le versant Maurienne à bonne allure, enchaîné sur une nouvelle ascension du col du Mollard, et terminé par une simulation de compétition sur les pentes de La Toussuire. Tout le monde est allé au bout. Pour la petite histoire, c’est Pierrick Fédrigo qui a gagné cette « guerre »… »

JOUR 5, MARDI 26 MAI

Ce qu’avait prévu Franck Renimel:  » Quatre heures avec simulation du travail en col du collectif Team Sky. On prépare le terrain pour un leader juste avant un col, et dans le col. Chaque coureur roule sous forme de relais sur une file, et le dernier coureur s’écarte à l’approche du sommet. Relais de 2 à 3 kilomètres chacun. Il s’agit d’apprendre à bien gérer l’approche d’un col à allure très rapide, aussi à travailler en équipe sur la montée de col, et gérer une allure sur-critique optimale.  »

Ce qui s’est réellement passé : «  On avait pensé enchaîner Télégraphe et Galibier pour l’exercice spécifique du jour. mais le plafond était bas et les averses menaçaient, il risquait de faire très froid et humide là-haut. On s’est donc repliés sur la montée de La Toussuire. Au sommet, à 1700 mètres, il faisait tout juste 5 degrés, imaginez mille mètres plus haut, au Galibier… L’exercice a été parfaitement exécuté, par des coureurs concernés par l’enjeu, comme tout au long du stage. Beaucoup sortaient d’une coupure, ils avaient besoin de grosses charges de travail à ce moment de la saison. Ils vont désormais travailler en retrouvant la compétition…  »

Le débriefing de Frédéric Brun: «  On a fait deux heures de plaine pour bien s’échauffer et on a attaqué les 17 kilomètres de La Toussuire, en mettant en place un train dès le pied. Le but était d’emmener vite, très vite, et de lâcher Eduardo (Sepulveda) pour qu’il accomplisse le dernier kilomètre à bloc. Les places dans le train ont été attribuées par Franck, notre entraîneur, avant le départ. Quand est venu mon tour, il n’y avait plus que trois coureurs derrière moi, Brice (Feillu) le premier. Je suis monté jusqu’à 173 pulsations-minute à ce moment là mais je me méfie de ce chiffre, la fatigue des quatre premiers a pu jouer. Il est certain que c’est le genre d’effort qu’on ne fait pas seul, chez soi, à l’entraînement.  »

alpes5.1

 

FacebookTwitterGoogle+