Emmanuel Hubert « Ce que sera notre équipe »

Le manager général de BSE veut encore des victoires en 2015 et détaille les grands axes de son plan 2016-2018.

Photos Photonews / Panoramic et Bruno Bade.

Emmanuel Hubert, le manager général de Bretagne-Séché Environnement, travaille depuis des semaines d’arrache-pied à la saison prochaine, où son équipe prendra un virage important en prenant l’appellation Fortuneo-Vital Concept. Mais il n’oublie pas que cette formation (qui compte déjà 8 victoires en 2015, contre 4 en 2014) doit encore se montrer performante jusqu’à la fin de la saison. Le Grand Prix Ouest-France, à Plouay, est un objectif majeur. Juste avant, un point avec le patron de la future « ex » structure BSE.

Que représentent Plouay et le Grand Prix Ouest-France pour l’équipe Bretagne-Séché Environnement ?

C’est une épreuve World Tour, le plus haut niveau de notre sport ; il faut donc l’aborder avec respect et humilité. Mais Plouay est bien plus que cela, c’est un rendez-vous très particulier pour tous les Bretons qui aiment le vélo, et ils sont nombreux. C’est le dernier dimanche des vacances, juste avant la rentrée, un peu comme une étape du Tour de France de plus, hors du Tour… Gagner à Plouay, pour nous, aurait une énorme valeur, juste derrière une étape du Tour précisément. Et cette année, ce serait géant : quel plus beau cadeau pourrait-on offrir à notre partenaire historique, la Région Bretagne ? C’est la dernière fois que nous allons porter cette appellation sur les routes bretonnes…

CYCLISME : Tour de France - Conference de presse - 01/07/2015

Votre approche a paru dynamique : comment avez-vous vécu la victoire d’Arnaud Gérard cette semaine au Tour Poitou-Charentes ?

Elle nous a apporté, à tous, du baume au cœur. Nous avons vécu de longues semaines de disette en ne gagnant plus depuis début avril (Romain Feillu à la Route Adélie), maintenant place à la victoire ! Nous avons savouré au Poitou-Charentes d’autant qu’Arnaud est un grand serviteur de l’équipe, l’un de ses piliers. Il nous faut continuer sur la lancée et performer. Scorer encore trois ou quatre fois d’ici la fin de saison…

Votre saison 2015 ne vous satisfait donc pas encore complètement ?

Nous avions un objectif de 15 victoires, nous en sommes à 8, ce n’est donc pas assez. Nous sommes en retard. Mais 15, c’est aussi le nombre de « places de 2 » que nous avons cumulé depuis le début de saison… C’est rageant de passer à côté. Regardez Florian Vachon : en ce mois d’août, il fait trois fois deuxième en huit jours au Tour de l’Ain et au Tour du Limousin. Lui-même changerait bien tout ça contre une seule victoire. Je ne peux me satisfaire de ces 8 victoires et encore une fois, j’espère que la victoire d’Arnaud Gérard va créer un déclic. J’ai ressenti un relâchement, comme l’an dernier à la même période. Le staff et les coureurs le savent, je leur ai dit.

Quel sera votre effectif en 2016, sur qui allez-vous compter ?

Nous devrions disposer de vingt-deux coureurs, deux de plus que cette année. Nous allons conserver une grosse ossature de l’équipe 2015. Quinze (*) au moins de ceux qui étaient présents cette saison ont à nouveau signé, ont donné leur accord ou sont encore sous contrat. Et nous sommes en cours de négociations avec un seizième, Pierre-Luc Périchon. Les quatre qui restent (Matthieu Boulo, Romain Feillu, Florian Guillou, Christophe Laborie) doivent nous donner satisfaction d’ici la fin de saison pour nous convaincre qu’ils ont encore leur place. Et nous en sommes à trois recrues : Steven Tronet, Julien Loubet et Franck Bonnamour.

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Quel sera votre programme en 2016 ? 

Il sera forcément plus étoffé, dans notre logique de progression amorcée depuis deux ans. Nous serons par exemple candidats au Dauphiné et à la Vuelta. Un deuxième grand Tour serait la preuve supplémentaire qu’un gros cap est franchi, ça situe une équipe au plus international. Nous espérons aussi être au départ de davantage d’épreuves de premier plan en Belgique. Nos deux nouveaux partenaires majeurs, Fortuneo et Vital Concept, sont tous deux intéressés par ce marché. C’est très attractif sur le plan sportif lorsqu’on connaît l’engouement et la culture du vélo chez nos amis belges. C’est un challenge excitant.

Steven Tronet, Franck Bonnamour, Julien Loubet ont donc signé : à quoi doit-on s’attendre encore concernant votre recrutement ?

Déjà, nous sommes très sollicités par les coureurs et leurs agents, preuve que l’équipe est devenue attractive. Ensuite, notre visibilité à trois ans, durée d’engagement de nos deux partenaires majeurs, modifie notre perception du recrutement. Nous devons avoir des résultats à court terme, mais devons aussi bâtir pour l’avenir. Franck Bonnamour, au même titre que Kevin Ledanois et Dan McLay, est là pour ça. McLay par exemple, sera encore avec nous en 2017, c’est une certitude. Mais je suis aussi en attente de coureurs huppés qui donneraient encore plus d’élan à notre structure, comme ont pu le faire Pierrick Fédrigo et Jonathan Hivert cette saison. On se doit de progresser. Nous jouerons sur deux tableaux, le court et le moyen terme.

La Région Bretagne reste l’un de vos partenaires mais n’est elle n’apparaitra plus dans le naming de votre équipe. Quelle forme va donc prendre son soutien ?

Déjà, et ce n’est pas un détail, la Région Bretagne sera toujours présente sur notre maillot, à travers sa signalétique. Mais il faut savoir que sa contribution va baisser considérablement. Si nous gardions Région Bretagne dans le naming de l’équipe, il était impossible pour nous de rester à l’échelon Continental Pro, la deuxième division mondiale… Bien entendu, il n’aurait plus jamais été question d’une participation au Tour de France, notre projet serait mort. La Région a créé cette équipe il y a onze ans et est allée au bout de ce qu’elle pouvait faire et en attendre dans le développement d’une structure professionnelle. Elle a permis d’installer des fondations très solides et surtout de nous ancrer territorialement, ce qui est très important à mes yeux, et qui est très important à mon sens pour une équipe cycliste professionnelle. Nous devons conserver cet ancrage, il s’exprimera autrement. D’abord sur le maillot Fortuneo-Vital Concept, et surtout à travers la formation. J’ai toujours pensé qu’une équipe pro devait avoir son centre de formation, sur le modèle du football. La réglementation UCI devrait aller en ce sens ces prochaines années d’ailleurs et en France, certains nous ont montré la voie comme Vincent Lavenu et le club de Chambéry ou Jean-René Bernaudeau et le Vendée U.

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Vous aviez en 2015 une convention « équipe réserve » avec BIC 2000. Vous ne la renouvelez donc pas ?

Non. L’expérience des derniers mois a montré qu’il valait mieux partir d’une page blanche pour bâtir son propre centre de formation, même s’il doit s’adosser à un club, ne serait-ce que pour participer à des compétitions. Mais la structure que nous allons bâtir va être davantage intégrée. Nous sommes heureux de l’expérience BIC 2000. Nous avons recruté deux de leurs coureurs, Maxime Cam et Franck Bonnamour, et un troisième, Valentin Madouas, est actuellement stagiaire chez nous. Mais elle ne correspond pas à l’idée précise que je me fais de la formation de jeunes coureurs pour les préparer au mieux au peloton professionnel. Il faut vraiment que la structure soit attenante à la maison mère. Le rapprochement avec Vital Concept et Patrice Etienne, le PDG de cette entreprise, nous permet de construire un projet différent et plus novateur, en nous appuyant sur le VCP Loudéac. La Région a donné son accord lorsque nous lui avons présenté le projet…

À quoi rêvez-vous pour 2016 ?

Une victoire d’étape dans le Tour validerait bien entendu notre progression. Mais concentrons-nous tout d’abord sur la fin de saison 2015. Encore une fois, nous sommes trop loin de l’objectif initial.

(*) Il s’agit de Pierrick Fédrigo, Eduardo Sepulveda, Brice Feillu, Florian Vachon, Jean-Marc Bideau, Frédéric Brun, Anthony Delaplace, Armindo Fonseca, Arnaud Gérard, Jonathan Hivert, Yauheni Hutarovich, Benoît Jarrier, Maxime Cam, Kevin Ledanois et Dan McLay.

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