Brice Feillu retour express

Sur le flanc en mars, Brice est à nouveau opérationnel. Ses explications.

Photos Bruno Bade.

Brice Feillu a connu un drôle de début de saison 2015. Blessé au dos en février, il a dû faire une croix sur Paris-Nice et le Tour de Catalogne, dont il avait fait ses deux premiers objectifs. Puis a repris la compétition à un moment où adversaires et coéquipiers bénéficiaient d’une condition physique avancée. Lors des derniers Quatre Jours de Dunkerque, qu’il a terminé à la 9è place du général final, il a néanmoins démontré qu’il pourrait être présent pour de prochaines échéances. Il explique ici le chemin de son retour, assez rapide au fond.

« À Bessèges, on tirait sur le vélo, c’était dingue »  » C’est venu d’un seul coup, en passant sur un nid de poule lors de l’Étoile de Bessèges, début février. Mais ça remonte à un peu plus loin. Sans doute à un hiver où je me suis un peu relâché… Mon dos ne devait pas avoir trop envie d’être sollicité. Bessèges, les premiers jours, c’était compliqué, il y avait un vent de dingue, on devait tirer sur le vélo de travers pour rouler droit, je n’avais jamais connu ça. Et sur le fameux nid de poule, le « débordement discal » qui a été diagnostiqué par la suite a été pincé. J’ai eu très mal, d’un coup. J’ai voulu insister, prendre le départ du Haut-Var ensuite, ça n’a rien arrangé. »

« Un mois sans rouler, ça ne m’étais jamais arrivé » «  Je suis resté dix jours allongé. Et vingt-quatre, au total, sans monter sur le vélo. À cette période, en mars, quand tout le peloton est tendu vers ses premiers objectifs, c’est très frustrant. J’ai dû mettre une croix sur deux repères que j’avais coché sur mon agenda 2015 : Paris-Nice et le Tour de Catalogne. Les jours passaient, j’avais toujours mal, je ne savais pas… Près d’un mois sans pouvoir rouler, ça ne m’était jamais arrivé en pleine saison. J’essayais de positiver : c’était un coup dur certes, mais heureusement que nous n’étions pas en juin… »

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« C’était comme un second début de saison »  » Franck Renimel, notre entraîneur, m’a « recâblé » comme pour un second début de saison. Avec l’impératif de ne rien brusquer, pour ne pas risquer de se refaire mal. La douleur reste présente même si elle n’a plus rien à voir en intensité. Lors des récents Quatre Jours de Dunkerque par exemple, il m’est arrivé d’avoir un peu mal. Mais je voulais aussi retrouver la compétition. Quand je suis revenu, au Critérium international, je n’avais que cinq-six jours de véritable préparation derrière moi. Les autres étaient « plein pot », ça fait drôle. »

« Le petit truc de la Flèche wallonne m’a fait plaisir » «  Je suis revenu à la compétition avec une idée : pour retrouver la condition, sois offensif plus encore qu’à l’habitude, va de l’avant. Je me suis mis à aller chercher les échappées. Quand je pouvais… Et ça ne marche pas à tous les coups. Je me souviens de la Flèche Brabançonne, je n’étais pas du tout dans les clous, je me demandais ce que je faisais là. Et puis à l’inverse, dans la Flèche wallonne, j’ai pu faire 160 kilomètres devant et j’étais de mieux en mieux au fil de l’échappée. Ce « petit truc » m’a fait plaisir. Chercher à être devant le plus souvent possible, c’était ma manière de rattraper le temps perdu. « 

« En Turquie, j’aurais aimé qu’on dise : Tiens, Brice est présent ! »  » Du coup, j’étais impatient de disputer le Tour de Turquie, de me confronter à deux arrivées en altitude. J’en suis sorti… un peu déçu. Le troisième jour, on arrivait à 1800 mètres, j’ai pris un coup de chaud avant le dernier col, je n’étais vraiment pas dans l’allure. C’était beaucoup mieux lors de la deuxième arrive en altitude. J’ai pu faire un gros effort au pied du col pour placer Eduardo (Sepulveda), qui était 3è au général. Je n’étais vraiment pas mal, certain que j’aurais aimé pouvoir jouer ma carte, peut-être finir dans les dix, qu’on se dise « Tiens, Brice est présent ! » Bien entendu, il n’en était pas question, je me devais de bosser pour Edu. « 

«  Quand on est bien, on prend les meilleures décisions »  » Je le savais déjà mais cette période de retour après blessure m’a confirmé que lorsqu’on est bien, on lit mieux la course et on prend de meilleures décisions. Forcément, on est plus lucide, plus ouvert à toutes les informations extérieures et on a la capacité à réfléchir et à décider. Quand on est moins bien, on subit et le cerveau est trop à l’écoute de son propre corps, on est autocentré sur sa douleur, l’énergie à gérer. Ça me fait sourire quand j’entends parler de la science de la course de Voeckler. Bien sûr, elle tient une part dans ce qu’il a pu parfois réussir. Mais si Thomas a pu réaliser de très gros coups dans sa carrière, c’est parce qu’il était d’abord très fort ces jours-là. »

« À Dunkerque, on voulait être acteurs » «  Une fois le retour de Turquie digéré, je me sentais très bien le quatrième jour de Dunkerque, prêt à préparer le terrain pour Pierrick (Fédrigo). Et le matin, il renonce, blessé au pied. On est vraiment partis avec des velléités, dynamiter la course car on était du coup un peu à l’écart au général. J’ai attaqué deux fois dans la dernière heure pour ça, pour montrer qu’on avait envie d’être acteurs, même privés de Pierrick. Avec Florian (Vachon) et Arnaud (Gérard), on a tout donné. Pas de regret. »

4 JOURS DE DUNKERQUE / ETAPE 4 A CASSEL / PHOTO BRUNO BADE /

« Dans le Tour 2014, je n’ai pas connu de jour exceptionnel »  » Je vais retrouver à partir de fin mai un programme que j’apprécie : un stage dans les Alpes, les Boucles de la Mayenne, la Route du Sud… Dans l’approche du Tour, ma blessure au dos aura peut-être été un mal pour un bien. L’an dernier, je finis 16è à Paris, je me dis que je ne suis pas si loin d’un Top 10 mais avec le recul, je m’aperçois que je manquais sans doute déjà de fraîcheur au départ. J’avais peut-être un peu trop « tapé dedans » lors d’un deuxième stage de montagne dans les Pyrénées. En tout cas, dans le Tour 2014, je n’ai jamais connu un de ces jours exceptionnels où on sent qu’on peut faire un truc énorme. »

« Je serai là si Eduardo a besoin de moi » «  Je ne suis pas encore sélectionné, mais je me vois bien me retrouver avec Eduardo en montagne. Il a beaucoup de talent, on s’entend bien. Je serai là s’il a besoin de moi, et je sais que l’inverse sera vrai. Mais bien entendu, on en veut toujours plus personnellement. Je n’en rêve pas mais je me dis qu’une autre victoire d’étape (après Arcalis en 2009) ou un Top 10 au général relancerait ma carrière. Je travaille pour. « 

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