Femke je plains

Bandeau humeur

L’humeur Fortuneo-Vital Concept / Numéro 6 – 4 février 2016

De son nom Van Den Driessche, cette jeune et jolie Femke s’est égarée en motocyclette dans les chemins boueux de Zolder. Elle n’a pas 20 ans ! Mais elle va devoir porter, et pour très longtemps, le poids de sa faute inexcusable sur ses frêles épaules de belle jeune fille insouciante, à qui l’avenir devait sourire. Femme que je plains sans excuser. 

Si ce n’était aussi tragique pour l’histoire d’un sport déjà tant décrié dans les milieux non autorisés, nous pourrions rire sans retenue de cette drôle d’histoire belge. Eric de Vlaeminck, grand champion lui-aussi belge une fois, recordman de l’arc-en-ciel du cyclocross, décédé le 4 décembre dernier, s’est retourné brutalement dans sa tombe. Le septuple vainqueur du maillot irisé, dont six fois consécutivement, était un seigneur de la discipline, couronné la première fois à pas même 20 ans. Le bel âge, n’est-ce pas mademoiselle ? En 1966, le vélo de Rick n’avait pas besoin de cric. 

Comment peut-on à ce point abaisser sa conscience au rang de machine à cash et à gloriole en prenant tous les risques dont celui d’abîmer son image durablement à l’aune de ses plus belles années ? Il y a forcément un entourage coupable de vilénies, avide de succès par procuration, dépourvu d’humanité et de sens éthique. Amour impropre et petitesse de l’âme.

Je ronge mon frein à défaut de le lâcher. Ma tristesse n’a d’égale que ma déception à voir, une fois de plus, ce sport si noble quand il est pratiqué dans le respect de ses origines, mis à l’index par des bandits de grands chemins et d’asphalte aussi. À l’image d’une société qui se désagrège dans plusieurs de ses compartiments, nos élites sportives se délitent dans les mêmes proportions hélas, attirés par l’argent facile et les marchands du temple.

Je rêve à l’adolescent naïf et frêle dans son maillot en laine, taille unique, prenant le départ d’une course de village sur un vélo trop grand pour lui. Il avait, sous son casque à boudins, le cerveau en ébullition, se jurant d’en démordre à fond de cœur, simplement pour croiser à l’arrivée le regard de ses parents fiers et surpris de leur rejeton en réussite. Sans excès, sans intérêt, sans lendemain. A cette époque les vélomoteurs avait un siège biplace pour draguer d’autres Femke. Les confettis servaient alors de paillettes aux audacieux. Nous étions fauchés, mais heureux. Oui, je sais, je rêve.

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